1000 Race : La confirmation au bout de l’intensité
À 21h54 ce vendredi 8 mai, Elodie Bonafous, sur son IMOCA Association Petits Princes - Quéguiner, a franchi la ligne d’arrivée de la 1000 Race en 4e position, après 5 jours, 9 heures, 54 minutes et 11 secondes d’une course particulièrement intense. Au terme d’un bras de fer quasi permanent avec Violette Dorange, Francesca Clapcich et Corentin Horeau, la Finistérienne termine à seulement 1h17 du podium. Un écart minuscule à l’échelle d’un parcours de plus de cinq jours, qui dit toute la densité du match livré en mer. Mais au-delà du résultat brut, cette première course en solitaire en IMOCA marque surtout un cap important dans le parcours de la skipper d’Association Petits Princes – Quéguiner. Déjà remarquée la saison passée pour ses débuts très convaincants en double et en équipage, la navigatrice a confirmé qu’il faudrait aussi compter sur elle en solo. Capable d’enchaîner les manœuvres, d’encaisser la fatigue et de rester dans le match jusqu’aux derniers milles, elle a surtout démontré une vraie maturité dans sa manière de mener son IMOCA : engagée, lucide et déjà redoutablement consistante.
Une première en solitaire chargée d’émotion
Depuis plusieurs mois, cette échéance occupait une place particulière dans son esprit. Passer la ligne d’arrivée de cette 1000 Race représentait bien plus qu’un simple résultat sportif. « Ça y est, ma première course en solitaire en IMOCA, c’est fait. C’était hyper symbolique pour moi. Je me mettais forcément un peu de pression, pas en termes de résultat, mais vraiment avec l’envie de bien faire pour l’équipe, pour le bateau et pour moi aussi. Quand j’ai passé la ligne, je me suis dit : “ok, c’est validé”. »
Cette émotion, la jeune navigatrice l’avait déjà laissée transparaître quelques heures après le départ, au large des Glénan. Une fois les premières manœuvres passées et la tension retombée, les larmes étaient venues presque naturellement. « Je me suis rendu compte que j’étais partie pour cette course que j’attendais depuis longtemps. Et surtout, que la pression était restée à terre. » Dès les premiers milles, le ton était donné. Extrêmement bien partie, parfaitement placée sur la ligne, Elodie s’est immédiatement installée dans le groupe de tête. Une satisfaction importante pour celle qui travaillait précisément ce secteur depuis plusieurs semaines : « Réussir mon départ, être lancée au bon moment, bien gérer le timing… franchement, je n’étais pas peu fière. »
Une course “en Figaro”… version IMOCA
Rapidement, la 1000 Race s’est transformée en régate grandeur nature. Entre molles interminables, transitions instables et longs bords rapides, les écarts sont restés particulièrement faibles pendant toute la course. « Je ne m’attendais pas à faire une course de Figaro Beneteau en IMOCA. On était tout le temps ensemble. Dans les moments rapides comme dans la pétole, il y avait toujours quelqu’un à côté. Ça a demandé une vigilance énorme. Impossible de décrocher mentalement une minute. » Le sommeil, lui, est devenu une variable secondaire. Quelques minutes grappillées par-ci par-là, sans jamais réussir à installer un rythme stable. « Il y avait des phases où on accumulait une énorme dette de fatigue, puis quelques moments où on essayait de récupérer un peu. Mais dès qu’il fallait manœuvrer, on devait y aller. On arrive rincés. »
Dans les longues phases sans vent, souvent redoutées, Elodie a passé un vrai cap mental. Là où la patience pouvait autrefois devenir un piège, elle a cette fois réussi à transformer ces séquences en opportunités. « Quand ça dure des heures, tu ne peux pas rester à cran en permanence. Il faut réussir à lâcher un peu, accepter d’aller se reposer malgré tout. C’est très psychologique. Mais sur la dernière grosse molle, j’ai réussi à relancer avant les autres et ça, c’était une vraie petite victoire. »
Le reaching comme terrain d’expression
S’il fallait retenir une séquence de cette 1000 Race, ce serait probablement ce long bord de reaching entre le Fastnet et le waypoint Guy Cotten. Une portion de course où l’IMOCA Association Petits Princes – Quéguiner a littéralement pris vie. Dans 17 à 20 nœuds de vent, la machine a révélé toute sa puissance et sa skipper n’a pas hésité à engager. « C’était clairement mon bord coup de cœur. Le bateau allait super bien. Ça glissait fort, c’était sain, vraiment plaisant. » Au point même d’en oublier le sommeil. « Je ne suis quasiment pas allée dormir tellement je prenais du plaisir ! » Mais derrière l’euphorie, il y avait aussi énormément de travail et d’apprentissage. Réglages testés, configurations affinées, sensations décortiquées : Elodie a passé une partie de ce bord à explorer encore davantage le potentiel de sa machine. « J’ai découvert plein de réglages que je ne connaissais pas encore. À chaque fois que je trouvais quelque chose qui marchait mieux, c’était un vrai petit bonheur. J’ai rempli mon carnet de notes pendant cinq jours. »
Un souci sur le système de jockey pole est néanmoins venu compliquer la suite. Une avarie finalement réparée rapidement, mais qui a obligé la skipper à composer avec davantage de retenue dans les phases engagées. « Après ça, j’avoue que je serrais un peu les dents quand il y avait du vent et de la mer. Avec les grains et les charges, ça mettait un peu de pression. »
Une étape validée, et bien plus encore
Combative jusqu’aux derniers milles malgré la fatigue accumulée, Elodie Bonafous a continué à pousser pour tenter de revenir sur le podium. « J’avais les crocs jusqu’au bout », reconnaissait-elle à l’arrivée, lucide sur quelques réglages moins justes en fin de parcours. Mais le bilan dépasse largement la seule 4e place finale. Cette 1000 Race a surtout confirmé ce que beaucoup pressentaient déjà : la skipper d’Association Petits Princes – Quéguiner possède la vitesse, l’engagement et la solidité nécessaires pour s’installer durablement parmi les marins qui comptent sur le circuit IMOCA. « Le but, c’était de faire cette course proprement, de revenir avec un bateau en bon état, de valider la qualification pour le Vendée Arctique et surtout de me prouver mentalement que c’était ok pour la suite. Aujourd’hui, je peux dire que c’est fait. »